Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Nachträglichkeit

Publié le par Cécile Crignon

- On ne pense pas, quand on parle ainsi, que la représentation de la mort chez l'enfant n'a de commun avec la nôtre que le nom. 

L'enfant n'imagine pas l'horreur de la destruction, le froid de la tombe, l'épouvante du néant sans fin, que l'adulte, comme le prouvent tous ses mythes sur l'au-delà, supporte si mal.

La crainte de la mort lui est étrangère, c'est pourquoi il joue avec ce mot effrayant et menace les autres enfants. « Si tu fais encore ça, tu mourras comme François est mort »; les pauvres mères s'épouvantent, car elles ne peuvent oublier que le plus grand nombre des humains ne dépasse pas l'enfance.

Un enfant de huit ans, que l'on a conduit au musée d'histoire naturelle, peut encore dire à sa mère : « Maman, je t'aime tellement que, si tu venais à mourir, je te ferais empailler et je te mettrais dans ma chambre de manière à te voir tout le temps. » Tant l'enfant se représente peu la mort comme nous.

Pour l'enfant, à qui nous épargnons la vue des souffrances qui accompagnent la mort, être mort signifie seulement être parti, ne plus déranger les survivants. Il ne se demande pas si cette absence résulte d'un voyage, de l'éloignement ou de la mort.

Le renvoi de sa bonne et la mort de sa mère, survenus à une époque préhistorique de sa vie, sont sur le même plan, dans ses souvenirs, tels que les découvre l'analyse. Bien des mères ont constaté avec peine combien l'enfant regrettait peu les absents. Quand elles revenaient à la maison, après un voyage de plusieurs semaines, elles s'entendaient dire : les enfants n'ont pas demandé leur maman une seule fois.

Quand la mère part « pour ce pays inexploré d'où ne revient jamais aucun voyageur », il semble d'abord que les enfants l'oublient, ce n'est qu''après-coup qu'ils se rappelleront la morte.

( Freud, L'interprétation du rêve )

Commenter cet article