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Je le pensai, Dieu(r) le guérit.

Publié le par Cécile Crignon

 

 

 

 

- Il ne convient pas pendant que le traitement se poursuit, de procéder à l'élaboration scientifique d'un cas, d'en reconstituer la structure, d'en vouloir deviner l'évolution, d'en noter, de temps en temps, l'état présent, comme l'exigerait l'intérêt scientifique. C'est au détriment du traitement que s'exercerait cet esprit scientifique si l'on vouait par avance les cas traités à une étude de ce genre ; les meilleurs résultats thérapeutiques, au contraire, s'obtiennent lorsque l'analyste procède sans s'être préalablement tracé de plan, se laisse surprendre par tout fait inattendu, conserve une attitude détachée et évite toute idée préconçue.

 

Comment faut-il alors que l'analyste procède ?

 

Il devra passer, suivant les besoins, d'une attitude psychique à une autre, éviter toute spéculation, toute rumination mentale pendant le traitement, ne soumettre les matériaux acquis à un travail de synthèse qu'une fois l'analyse terminée.

 

[...]

 

Je ne saurais trop instamment recommander à mes collègues de prendre comme modèle, au cours du traitement analytique, le chirurgien. Celui-ci, en effet, laissant de côté toute réaction affective et jusqu'à toute sympathie humaine, ne poursuit qu'un seul but : mener aussi habilement que possible son opération à bien.

 

Dans les conditions actuelles, la tendance affective la plus dangereuse, celle qui menace le plus l'analyste, c'est l'orgueil thérapeutique qui l'incite à entreprendre, à l'aide des moyens nouveaux et si controversés dont il dispose, quelque chose qui puisse convaincre autrui. En agissant ainsi il ne fait pas que se placer lui-même dans une situation défavorable au traitement, mais encore il s'expose en même temps, sans défense, à certaines résistances du patient.

 

Or n'est-ce pas seulement du jeu de celles-ci que dépend en premier lieu le résultat du traitement ?

 

La froideur de sentiments que nous exigeons de l'analyste s'explique par le fait qu'elle crée, pour les deux parties, les conditions les plus avantageuses puisque, d'une part, le médecin ménage ainsi ses propres émotions et que, d'autre part, les malades s'assurent la plus grande aide qu'il nous soit actuellement possible de leur donner.

 

Un chirurgien de l'ancien temps avait pris pour devise cette phrase :

 

« Je le pansai, Dieu le guérit. »

 

L'analyste devrait se contenter de quelque chose d'analogue.

 

( Freud, La technique psychanalytique, PUF, 1953, pp.65.66 )

 

 

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