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Verseau

Publié le par Cécile Crignon

Verseau

- Vous semblez dire que souffrance et désir vont ensemble?

- Bien souvent, souffrance et désir forment, en effet, un couple. L’épreuve est toujours tapie à côté du désir, la souffrance de l’homme est conjointe à son désir. Et parfois, quelques-uns prennent un certain plaisir dans la souffrance qu’ils confondent avec leur désir!

La souffrance qui prend possession d’un organe ou d’un lieu du corps est comme un amant ou une amante de service. Connus, ces amants de service sont moins dangereux que l’objet inconnu, sujet du désir chez autrui. La souffrance apaise, en les occupant, les tensions du désir et ses pièges.


C’est cette crainte que Jésus, tout au long de sa vie, veut nous faire surmonter: « N’ayez pas peur! » Ne redit-il pas cette phrase comme un leitmotiv?


Lui-même a été jusqu’au bout de son désir: faire ce que le Père voulait. Il n’a eu aucune pensée de vengeance contre ceux qui le torturaient et lui donnaient injustement la mort, il n’a eu ni dérobade, ni esquive devant cette mort malgré les tourments de l’angoisse au Jardin des Oliviers. Son être tout entier volontairement acceptait de servir le désir inconnaissable qui, par lui, devait s’accomplir pour sauver tous les humains des angoisses de leur désir masqué de l’horreur du péché, terrifié par la mort physique.

- Pour vous Jésus est venu nous enseigner à vivre notre désir. Bien. Mais alors pourquoi est-il ressuscité? Qu’est-ce que sa résurrection ajoute de plus?

- Nous sommes des êtres de chair, nous cherchons la satisfaction de notre désir, le jouir dans la chair. Mais jamais cette chair et les plaisir qu’elle nous procure ne nous suffisent ni ne nous comble. Jésus réssuscité nous enseigne que si nous cherchons en esprit et en vérité, en affrontant le doute et son épreuve, si nous dépassons la chair sans en bannir les plaisirs partagés, sans faire l’économie des risques pour notre corps, par-delà la mort, nous trouverons l’épanouissement de notre désir.

[...] Je sens que, quelles que soient les morts que j’ai subies, j’en suis sortie «éveillée» puisque j’en suis vivante.

- Mais de quelle mort êtes vous ressuscitée? Quelles morts, déjà actuellement, vont on éveillée à une autre vie?

- Mais voyons, nous avons vécu beaucoup de morts, vous et moi! La mort du foetus quand naît le bébé. La mort chez l’enfant qui, croyant que son père et sa mère font les lois du ciel et de la terre, s’aperçoit qu’ils ne sont pas tout-puissants! Quelle perte de confiance en ses parents!

Plus tard, nous avons éprouvé l’impossibilité d’accomplir notre désir d’être le seul amour de notre père ou de notre mère, nous avons réalisé l’impossibilité de porter un enfant de notre père, comme fille, ou de concevoir, comme garçon, un enfant avec notre mère. C’est ce que la psychanalyse a découvert être le drame oedipien.


Quelle mort au moment de la puberté! J’aime un être de toute ma foi, de toute mon imagination, de tout mon corps et, par malheur, je découvre que je lui suis totalement indifférent! Après avoir été un moment amusé par mon amour, il se détourne de moi pour une autre! Pire, peut-être cet amour et ce désir sont-ils partagés, mais leur accomplissement socialement impossible. C’est une mort. C’est la mort réelle pour certains. Une épreuve mutilante parfois.

Encore aujourd’hui nous retrouvons ces aventures et l’écroulement des certitudes de notre enfances, ces catastrophes de notre adolescence, ces épreuves que nous provoquent la liberté du désir de l’autre, la réalité sociale. Aujourd’hui encore nous faisons l’expérience de notre imagination impuissante sur la réalité, laquelle est peu conforme à nos rêves, etc.

Toute cette vie, dites-moi, n’est-ce pas une mort permanente?


Nous sommes des êtres qui découvrons, au jour le jour de notre vie, notre impuissance. Cette impuissance est toujours une mort à notre désir qui se voudrait tout-puissant.

( Françoise Dolto, l’Evangile au risque de la psychanalyse, Tome 2, 1977, Ed.Seuil, p.158)

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