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Des saints d'enfants

Publié le par Cécile Crignon

Des saints d'enfants

- Chez l’enfant, la méthode des associations libres n’est pas possible; on emploie dans les analyses la méthodes du jeu, du dessin spontané, de la « conversation » qu’il faut entendre par la provocation des propos variés de l’enfant. Quand l’enfant nous pose une question, par exemple, nous ne répondons jamais directement, mais par la même question retournée: « Qu’est-ce que tu en penses? » et nos propos se contentent de quelques monosyllabes encourageantes.

[...] La conversation, telle que nous venons de la définir, au cours de laquelle nous tâchons d’écouter, de regarder, d’observer sans rien laisser passer, gestes, expressions, mimiques, propos, lapsus, erreurs et dessin spontané auquel, personnellement, nous recourons beaucoup. Par le dessin, en effet, nous entrons dans le vif des représentations imaginatives du sujet, de son affectivité, de son comportement intérieur et de son symbolisme. Celui-ci nous sert, après que nous l’avons tacitement compris, pour l’orientation des « conversations » avec l’enfant, pour élucider le sens de ses représentations quand elles sont aberrantes. Nous ne donnons jamais d’interprétations directes des dessins.

Les symboles ne servent pas de clefs de rébus aux psychanalystes, comme certains voudraient le croire. L’apparition d’un symbole ne suffit pas en elle-même, pour permettre de conclure qu’il s’agit inconsciemment de ceci ou cela. Il faut le contexte, la situation affective du sujet au moment où il l’apporte, les propos dont il l’entoure, le rôle que joue ce symbole dans le jeu, le dessin, le rêve, l’histoire racontée.

Nous nous servons des mêmes mots que l’enfant. Quand il a employé un symbole ou une périphrase ( pour nous, psychanalystes, lourds de sens affectif inconscient ), nous adoptons ces mêmes symboles et ces mêmes périphrases dans les propos que nous tenons à l’enfant, mais en veillant à ce que l’état émotionnel qu’il y liait soit modifié.

[...] Si quelqu’un d’étranger à la psychanalyse nous écoutait converser avec l’enfant, il croirait bien souvent que nous tenons des propos absurdes, inutiles, que nous racontons des « balivernes », que nous « jouons » en enfant nous-même avec notre petit malade. Il aurait en partie raison, nos propos ne sont pas tels que nous les tiendrions à des adultes. Nous ne cherchons pas à inculquer à l’enfant notre façon de voir, mais seulement à lui présenter ses propres pensées inconscientes sous leur aspect réel. Ainsi, nous ne parlons pas un langage « logique », visant à frapper l’intelligence de l’enfant, qui n’est pas logique encore (ne l’oublions pas); nous voulons parler à son inconscient - qui n’est jamais « logique » chez personne - c’est pourquoi nous employons tout naturellement le langage symbolique et affectif qui est le sien et qui le touche directement.

La facilité avec laquelle l’enfant se met à penser, à vivre imaginativement avec nous, à nous livrer par ses dessins son monde intérieur, à nous raconter ses rêves, que bien souvent il dit à son entourage ne pas se rappeler, à nous avouer des fautes ou nous dire spontanément des secrets qu’il ne dévoile à personne, cette facilité, cette confiance sont la base de notre action thérapeutique: c’est la situation de transfert. Situation d’adhésion affective au psychanalyste qui devient un personnage, et des plus importants, du monde intérieur de l’enfant pendant la durée du traitement.

( Françoise Dolto, Psychanalyse et pédiatrie, 1939, Seuil 1971, pp. 170-172 )

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